# Part du travail au plus bas aux États-Unis : l'IA en cause ?

> La part du travail dans la production non agricole américaine est tombée à 52,8 % au deuxième trimestre, son plus bas niveau depuis 1947. Un économiste incrimine l'automatisation, mais la baisse remonte à 2022 et les études qui cherchent la trace de l'IA dans les chiffres en trouvent peu.

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- Published: 2026-11-01
- Tags: business, research
- Author: Généré par l'IA (this text was generated by AI; see https://ai-news-daily.xyz/fr/about/#ai-disclosure)
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Imaginons une responsable de la paie chez un assureur régional, un vendredi après-midi de fin octobre. Elle n'existe pas, mais son tableur a trois colonnes bien concrètes : effectif, sinistres traités, budget salarial. L'effectif n'a pas bougé depuis un an. Le nombre de sinistres traités augmente, en partie parce que le nouveau logiciel trie les cas simples sans intervention humaine. Pour janvier, le budget salarial prévoit 3 % de hausse, comme l'année dernière et celle d'avant. Elle ne peut pas savoir qu'à l'échelle du pays le chiffre qu'elle défend perd du terrain par rapport à celui qui figure plus haut dans le compte de résultat.

L'équivalent national de son tableur est paru à la fin du mois. D'après le rapport du Bureau of Labor Statistics (BLS) sur la productivité et les coûts du travail, tel que l'a présenté Fortune le 31 octobre, la part du travail dans la production américaine est tombée à 52,8 % au deuxième trimestre 2026. C'est son minimum depuis le début de la série en 1947. Elle s'établissait à 53,6 % au trimestre précédent et à environ 55,6 % en moyenne depuis le début de la décennie. La série est directement vérifiable. Le site du BLS refuse les requêtes automatisées qui visent le communiqué, mais ses pages de séries chronologiques sont ouvertes et présentent la même série sous forme d'indice, en base 100 en 2017.

## Ce que montre la série

De 2016 à 2021, l'indice est resté proche de 100 pendant six ans, hormis un pic à 104,2 au deuxième trimestre 2020, pendant la pandémie. Au premier trimestre 2022, il valait 99,1. Il a ensuite reculé à 97,5 au deuxième trimestre, puis à 96,9 en fin d'année. Il a oscillé autour de 96,2 à 96,9 en 2023 et 2024. Une deuxième baisse a suivi : 95,7 à la fin de 2025, 94,8 au premier trimestre de cette année et 93,4 au deuxième, chiffre signalé comme révisé par le BLS. Depuis début 2022, l'indice a perdu 5,7 %. Environ deux cinquièmes de ce recul se sont produits au cours de la seule année 2022.

Les mêmes tableaux détaillent ce qui a changé. La rémunération horaire réelle, c'est-à-dire corrigée des prix, a baissé de 1,4 % au premier trimestre 2026 puis de 3,3 % au deuxième, tandis que la production horaire augmentait de 0,8 % puis de 1,4 %. Les heures travaillées ont progressé de 0,7 % puis de 0,3 %. La première baisse, en 2022, présentait un autre profil : la rémunération horaire réelle avait chuté de 6,7 % puis de 8,6 % aux deux premiers trimestres après prise en compte des prix, mais la production par heure reculait elle aussi. Dans aucun des deux épisodes les tableaux ne montrent un effondrement des heures travaillées. C'est la rémunération de chaque heure qui perd du terrain.

## Pourquoi certains incriminent l'automatisation

Fortune cite Raymond Robertson, économiste du travail à la Bush School of Government de Texas A&M. Si la part du travail diminue, explique-t-il, « il faut que les revenus baissent ou que les personnes soient moins nombreuses ». Il relie le déplacement vers le capital à l'automatisation, qui remplacerait des travailleurs alors que la production par personne continue d'augmenter. Il s'attend à voir le chômage, remonté à 4,2 % en septembre, augmenter dans les prochains mois et peser sur les salaires. Les chiffres de l'emploi étayent en partie sa lecture. L'économie a créé 29 000 emplois en septembre, soit environ le tiers des prévisions des économistes, et 584 000 en 2025, contre 2 millions en 2024.

Fortune prend soin de préciser ce que les chiffres ne disent pas. Le remplacement de travailleurs par l'IA « n'apparaît de façon significative dans aucune donnée économique », relève le magazine, qui cite d'autres explications. Pour les économistes de Morgan Stanley, la récente hausse de productivité reste une « question ouverte » et pourrait tenir au cycle économique plutôt qu'à l'IA. Une note de recherche d'Oxford citée par Fortune suggère que certaines entreprises présentent comme liés à l'IA des licenciements qui suivent des embauches excessives, alors que les suppressions de postes dues à l'automatisation n'ont pas encore pris une grande ampleur. Mark Regets, de la National Foundation for American Policy, estime que le durcissement de la politique migratoire a réduit la population active. Selon les calculs de son organisme, le nombre d'actifs nés à l'étranger a baissé de 1,1 à 1,4 million depuis janvier 2025.

## Un recul ancien et des études ciblées sur l'IA

Le recul de la part du travail n'est pas nouveau. En 2013, Loukas Karabarbounis et Brent Neiman ont montré que, depuis le début des années 1980, elle diminuait à l'échelle mondiale dans la plupart des pays et secteurs. Ils attribuaient environ la moitié de ce recul à la baisse du prix relatif des biens d'équipement, qui a incité les entreprises à remplacer du travail par du capital. En 2017, David Autor et ses coauteurs ont invoqué l'essor des « entreprises superstars » : très rentables et consacrant une faible part de leur production au travail, elles finissent par dominer leur secteur. Aucun de ces articles ne porte sur l'IA générative. Tous deux rappellent que la série évolue pour des raisons qui dépassent largement une technologie particulière.

Les études qui recherchent directement les effets de l'IA aboutissent à un constat plus limité. À partir des données de paie d'ADP portant sur des millions de travailleurs jusqu'en juin 2026, Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen ne trouvent pas de signe de remplacement généralisé à l'échelle de l'économie. Ils constatent en revanche que, dans les professions exposées à l'IA, l'emploi des 22–25 ans se situe 19 % sous le niveau qu'il aurait atteint s'il avait suivi la trajectoire de leurs pairs moins exposés. Cela tient surtout à de moindres embauches. L'ajustement a porté sur l'emploi plutôt que sur le salaire de base. Les auteurs parlent de premiers indicateurs descriptifs, pas d'estimations causales. Selon le Livre beige d'octobre de la Réserve fédérale, cinq districts comptaient des entreprises qui, après des gains de productivité liés à l'IA, ne remplaçaient pas les départs, différaient des embauches ou s'attendaient à créer moins d'emplois.

Du côté de la productivité, les éléments probants restent en deçà des espoirs. Un rapport du Productivity Institute de l'université de Manchester, commandé par la société de services informatiques Bytes Technology Group et résumé le 30 octobre par The Register, cite une étude des outils de développement assisté par IA. L'activité de programmation y a progressé d'environ 240 %, mais les livraisons de logiciels d'environ 30 %, car il faut encore des personnes pour vérifier et tester le travail. « C'est entre ces gains individuels d'efficacité et des résultats durables pour l'entreprise que se situe l'écart avec les ambitions », explique l'auteur principal, Bart van Ark. Le 24 octobre, Torsten Slok, d'Apollo, écrivait que le chiffre d'affaires par salarié et les marges stagnaient pour le S&P 493, les 493 entreprises hors des sept grands groupes technologiques. Il ne voyait « toujours aucun signe que l'IA stimule la croissance de la productivité ».

## Deux lectures d'un même chiffre

Les pièces ne s'emboîtent pas parfaitement. Pour Robertson, l'automatisation remplace des personnes tandis que la production par travailleur augmente. Or la production par heure a progressé de 1,4 % au dernier trimestre, et le rapport de Manchester comme Slok estiment que les gains de l'IA ne se retrouvent pas dans les résultats des entreprises. Si l'IA joue peu, un autre mécanisme a fait baisser la rémunération horaire réelle pendant deux trimestres alors que la production augmentait. Chacune des autres explications évoquées a des arguments. Robertson reconnaît lui-même que « les données sont actuellement très contrastées ». Le record concerne en outre un seul trimestre, et le BLS l'a déjà révisé une fois.

Ce que le chiffre établit, c'est où va l'argent. La production par heure a augmenté ; la rémunération de chaque heure n'a pas suivi. Pour déterminer si l'IA porte une part de responsabilité, il faudra des années de données et des mesures plus fines qu'un ratio national unique.

Notre responsable fictive inscrira ses 3 % dans le budget de janvier. Les prix détermineront ce qu'ils permettent d'acheter. Le logiciel continuera à trier les dossiers de sinistres simples. Rien dans la série nationale ne dit si c'est à cause de lui que les salaires de ses collègues perdent du pouvoir d'achat, ou s'il se trouve simplement dans le même bâtiment alors que la cause est ailleurs.

## Références

- Autor, D., Dorn, D., Katz, L. F., Patterson, C., & Van Reenen, J. (2017). *The Fall of the Labor Share and the Rise of Superstar Firms*. NBER Working Paper 23396. https://www.nber.org/papers/w23396
- Brynjolfsson, E., Chandar, B., & Chen, R. (2026). *Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence*. Stanford Digital Economy Lab. https://digitaleconomy.stanford.edu/publications/canaries-in-the-coal-mine/
- Bureau of Labor Statistics (2026). *Major Sector Productivity and Costs: Nonfarm Business, Labor share, index 2017=100 (PRS85006173)*. https://data.bls.gov/timeseries/PRS85006173
- Bureau of Labor Statistics (2026). *Major Sector Productivity and Costs: Nonfarm Business, Labor productivity (output per hour), percent change from previous quarter (PRS85006092)*. https://data.bls.gov/timeseries/PRS85006092
- Bureau of Labor Statistics (2026). *Major Sector Productivity and Costs: Nonfarm Business, Real hourly compensation, percent change from previous quarter (PRS85006152)*. https://data.bls.gov/timeseries/PRS85006152
- Bureau of Labor Statistics (2026). *Major Sector Productivity and Costs: Nonfarm Business, Hours worked, percent change from previous quarter (PRS85006032)*. https://data.bls.gov/timeseries/PRS85006032
- Federal Reserve System (2026). *Beige Book, October 2026: National Summary*. https://www.federalreserve.gov/monetarypolicy/beigebook202610-summary.htm
- Karabarbounis, L., & Neiman, B. (2013). *The Global Decline of the Labor Share*. NBER Working Paper 19136. https://www.nber.org/papers/w19136
- Robinson, D. (2026). *AI projects not paying off? Keep at it, says Uni Productivity Institute*. The Register. https://www.theregister.com/ai-and-ml/2026/10/30/ai-projects-not-paying-off-keep-at-it-says-uni-productivity-institute/5306581
- Rogelberg, S. (2026). *U.S. workers just took home their smallest share of capital since at least 1947, and the lowest ever recorded*. Fortune. https://fortune.com/article/why-did-us-workers-just-take-home-smallest-share-of-capital-since-1947-lowest-ever-recorded/
- Slok, T. (2026). *No Signs of AI Payoff Outside the Tech Sector*. Apollo, The Daily Spark. https://www.apollo.com/wealth/insights-news/insights/daily-spark/no-signs-of-ai-payoff-outside-the-tech-sector
